TVA sur les travaux : 5,5 %, 10 % ou 20 % ? La règle, et les pièges
29 min de lectureMis à jour le
Sur un devis de travaux, l'écart entre 20 % et 5,5 % de TVA représente près de 12 % du montant final. Sur un chantier à 15 000 €, cela fait plus de 1 800 € — davantage que ce que la plupart des gens espèrent gagner en négociant.
Le taux n'est pourtant pas au choix de l'entreprise, ni au vôtre. Il dépend de trois choses : l'âge du logement, la nature exacte des travaux, et qui achète les matériaux. Ces trois critères sont mal connus, et c'est précisément là que les mauvaises surprises se produisent — le plus souvent au moment de la facture, quand il est trop tard.
Ce guide décrit la règle telle qu'elle s'applique aujourd'hui, les cas limites qui font basculer un chantier entier au taux normal, ce que la loi de finances pour 2025 a changé, et la mention sans laquelle le taux réduit vous sera refusé.
Ce qu'il faut retenir
Plus de 2 ans — Ancienneté du logement exigée pour un taux réduit
Légifrance — Code général des impôts, article 279-0 bis, consulté le 2026-08-26Plus de 10 % — Surface de plancher créée qui fait basculer au taux normal
Légifrance — Code général des impôts, article 279-0 bis, consulté le 2026-08-26Depuis le 1er mars 2025 — Certification par mention sur le devis ou la facture
BOFiP — Commentaires de la loi de finances pour 2025 (articles 32, 41 et 42) sur les travaux de rénovation et l'énergie solaire, consulté le 2026-08-26Jusqu'au 31 décembre de la 5e année — Conservation du devis et des factures
BOFiP — BOI-TVA-LIQ-30-20-90-40, modalités d'application du taux réduit aux travaux sur locaux d'habitation achevés depuis plus de deux ans, consulté le 2026-08-2624 847 — Entreprises du bâtiment recensées dans notre périmètre
entreprises actives au répertoire SIRENE dans notre périmètre
Les trois taux de TVA sur les travaux, et à quoi ils correspondent
Le droit fiscal ne connaît pas de « taux travaux ». Il connaît trois taux, dont deux réduits, qui s'appliquent à des situations définies par le Code général des impôts. Tout ce qui n'entre dans aucune des deux premières catégories relève du taux normal.
| Taux | S'applique à | Condition d'âge du logement |
|---|---|---|
| 5,5 % | Rénovation énergétique : pose, installation, adaptation ou entretien de matériaux et d'équipements d'économie d'énergie, et travaux induits indissociablement liés | Achevé depuis plus de 2 ans |
| 10 % | Amélioration, transformation, aménagement, entretien d'un logement — tout ce qui n'est pas visé par le taux de 5,5 % | Achevé depuis plus de 2 ans |
| 20 % | Tout le reste : logement de moins de deux ans, travaux produisant un immeuble neuf, agrandissement important, équipements mobiliers, aménagements extérieurs | Sans condition |
Trois points méritent d'être posés tout de suite, parce qu'ils expliquent l'essentiel des malentendus. D'abord, le logement doit être achevé depuis plus de deux ans — un appartement livré il y a dix-huit mois relève du taux normal, quel que soit le chantier. Ensuite, le taux réduit ne vise que les locaux à usage d'habitation : un local commercial, un bureau ou un garage détaché n'y ouvrent pas droit. Enfin, il s'applique à une prestation, matériaux compris, facturée par l'entreprise : ce que vous achetez vous-même reste au taux normal.
Le taux de 10 % : la situation la plus courante
C'est le taux qui couvre la grande majorité des chantiers chez un particulier. L'article 279-0 bis du Code général des impôts vise les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien réalisés dans un logement achevé depuis plus de deux ans, à l'exclusion de ceux qui relèvent du taux de 5,5 %.
- Remise en peinture, pose de papier peint, ravalement de façade — la façade fait partie du bâti d'habitation, contrairement à ce que l'on croit souvent.
- Réfection d'une salle de bains, d'une cuisine, d'un sol.
- Remplacement d'une installation électrique, d'une installation sanitaire, d'un réseau de plomberie.
- Réfection de toiture, zinguerie, démoussage, reprise de charpente.
- Cloisons, faux plafonds, aménagement de combles déjà existants.
- Dépannage et réparation : une intervention d'urgence relève du même taux qu'un chantier planifié.
Le taux de 10 % est un taux par défaut à l'intérieur du champ des taux réduits : dès lors que le logement a plus de deux ans, que le local est à usage d'habitation et que rien ne fait basculer au taux normal, c'est lui qui s'applique — sauf si les travaux répondent à la définition plus étroite de la rénovation énergétique, auquel cas c'est 5,5 %.
Le taux de 5,5 % : la rénovation énergétique, et ce qui l'accompagne
L'article 278-0 bis A du Code général des impôts réserve le taux de 5,5 % aux prestations de pose, installation, adaptation ou entretien de matériaux, équipements, appareils ou systèmes qui améliorent la performance énergétique d'un logement achevé depuis au moins deux ans. La doctrine administrative en publie les catégories, et un arrêté en fixe les caractéristiques techniques minimales.
- Isolation thermique des parois opaques et des parois vitrées : murs, toiture, planchers bas, fenêtres, portes, volets isolants.
- Chauffage et eau chaude sanitaire à énergie renouvelable : pompes à chaleur, appareils de chauffage au bois, systèmes solaires thermiques.
- Ventilation mécanique répondant aux caractéristiques exigées.
- Calorifugeage des réseaux de distribution de chaleur, et appareils de régulation ou de programmation.
- Appareils de mesure et de répartition individuelle des frais de chauffage et d'eau chaude.
- Travaux induits indissociablement liés à l'un des gestes ci-dessus.
Deux erreurs de raisonnement reviennent en boucle. La première consiste à croire que « travaux d'économie d'énergie » suffit : la liste est limitative, et un geste qui n'y figure pas reste à 10 % même s'il fait baisser la facture de chauffage. La seconde consiste à confondre ce taux avec les aides publiques : ce sont deux dispositifs distincts, avec des conditions distinctes, et l'un ne conditionne pas l'autre.
Les travaux induits : la notion qui rapporte le plus, et qu'on oublie
Le taux de 5,5 % s'étend aux travaux qui sont indissociablement liés à une opération de rénovation énergétique. C'est la disposition la plus rentable du dispositif, et la moins appliquée — parce qu'elle suppose que l'entreprise structure son devis en conséquence, et qu'elle accepte de le justifier.
| Geste énergétique | Travail induit typique | Taux du travail induit |
|---|---|---|
| Isolation par l'extérieur | Reprise d'enduit, débords de toiture, appuis de fenêtre, descentes d'eaux pluviales déposées puis reposées | 5,5 % |
| Isolation des combles | Reprise du plafond, du plâtre, de la peinture rendue nécessaire par le chantier | 5,5 % |
| Pompe à chaleur | Reprise de l'alimentation électrique et du réseau hydraulique nécessaire à la pose | 5,5 % |
| Remplacement de menuiseries | Reprise des tableaux intérieurs et des finitions autour du dormant | 5,5 % |
| Isolation des combles | Remise en peinture du salon, réalisée en même temps mais sans lien technique | 10 % |
La doctrine ajoute une contrainte de calendrier que presque personne ne connaît : les travaux induits doivent être facturés dans un délai de trois mois au plus à compter de la facturation des travaux d'amélioration énergétique auxquels ils se rattachent. Quand l'induit précède le geste énergétique — un terrassement préalable à la pose d'un capteur enterré, par exemple — c'est le geste énergétique qui doit être facturé dans les trois mois. Un chantier étalé sur deux saisons perd donc le bénéfice du taux, non parce que le lien technique disparaît, mais parce que le délai est franchi.
Ce que 2025 a changé : chaudières, panneaux solaires, sous-traitance
La loi de finances pour 2025 a modifié le régime sur trois points qui touchent des chantiers très courants. Un guide qui décrit encore l'état antérieur du droit fait appliquer un mauvais taux, et le lecteur découvre l'écart sur sa facture.
Chaudières à combustibles fossiles : taux normal
- Ce qui change
- Les prestations de rénovation énergétique comprenant la fourniture ou l'installation d'une chaudière susceptible d'utiliser des combustibles fossiles relèvent du taux normal, par dérogation aux taux réduits.
- Quand l'utiliser
- Pour tout devis portant sur une chaudière gaz ou fioul, ainsi que sur les systèmes hybrides associant une pompe à chaleur et une chaudière fossile.
- Depuis quand
- Les travaux engagés à compter du 1er mars 2025. Les devis datés, acceptés et suivis d'un acompte encaissé avant cette date restent régis par l'ancien régime.
- Ce qui reste au taux réduit
- L'entretien et la réparation d'une chaudière déjà installée relèvent toujours d'un taux réduit : l'exclusion vise la fourniture et l'installation, pas la maintenance.
Panneaux photovoltaïques de faible puissance : 5,5 %
- Ce qui change
- La livraison et l'installation d'équipements de production d'électricité solaire d'une puissance inférieure ou égale à neuf kilowatts-crête bénéficient du taux de 5,5 %.
- Quand l'utiliser
- Pour une installation photovoltaïque résidentielle en autoconsommation ou en revente, sous le seuil de puissance.
- Depuis quand
- Le 1er octobre 2025. La doctrine antérieure, qui admettait un taux de 10 %, est rapportée ; un régime transitoire a été prévu pour les devis antérieurs au 1er janvier 2026.
Sous-traitance : l'exclusion est levée
- Ce qui change
- La doctrine qui excluait les prestations de sous-traitance du bénéfice des taux réduits a été rapportée : les travaux éligibles réalisés par un sous-traitant relèvent des taux réduits lorsque les conditions sont remplies.
- Quand l'utiliser
- Sur un chantier où l'entreprise titulaire confie un lot à un sous-traitant — le cas courant en rénovation globale.
- Ce que cela ne change pas
- Le taux figurant sur votre facture reste celui de l'entreprise avec laquelle vous avez contracté. Le régime de la sous-traitance se joue entre professionnels, mais il supprime un motif de refus qu'on vous opposait parfois.
Les cas qui font basculer à 20 %, même dans un logement ancien
Certains travaux sortent du taux réduit quel que soit l'âge du logement. Ils sont peu nombreux, mais ils concernent souvent les chantiers les plus importants — et l'erreur y coûte cher.
- L'augmentation de la surface de plancher des locaux existants de plus de 10 %, appréciée sur une période de deux ans au plus : surélévation, extension, addition de construction.
- Les travaux qui concourent à la production d'un immeuble neuf au sens de l'article 257 du Code général des impôts. Le critère est développé dans la section suivante, et il n'est pas celui qu'on croit.
- Les équipements mobiliers et l'électroménager, même livrés et posés par l'entreprise.
- Les gros équipements dont la liste est fixée par l'administration : éléments de chauffage, ascenseurs, installations sanitaires, climatisation, pour leur seule part d'acquisition.
- Les aménagements extérieurs détachés du bâti : piscine, terrasse indépendante, clôture, portail, allée, aménagement d'espaces verts.
- Le nettoyage seul et la démolition seule, qui ne sont ni de l'entretien du bâti ni une amélioration.
Une conséquence concrète : sur une extension de maison, la partie construite relève du taux normal, tandis que la reprise de l'existant peut rester à 10 %. Un devis qui applique un taux unique à l'ensemble est soit approximatif, soit faux — et c'est vous qui serez redressé, pas seulement l'entreprise.
Les deux exclusions qui concernent le mobilier et les gros équipements méritent une précision, parce qu'elles ne fonctionnent pas comme les autres : elles ne font pas basculer le chantier, elles isolent une ligne. L'article 279-0 bis écarte du taux réduit la part correspondant à la fourniture d'équipements ménagers ou mobiliers, et l'acquisition de certains gros équipements livrés dans le cadre de travaux d'installation ou de remplacement.
| Poste | Fourniture | Pose |
|---|---|---|
| Meuble de cuisine, plan de travail, électroménager | 20 % | 10 % |
| Chaudière, ascenseur, appareil de climatisation — part d'acquisition du gros équipement | 20 % | 10 % |
| Baignoire, receveur, robinetterie posés dans une salle de bains | 10 % | 10 % |
| Peinture, enduit, carrelage, isolant fournis par l'entreprise | Taux du chantier | Taux du chantier |
| Matériaux que vous achetez vous-même | 20 % | Taux du chantier |
Le réflexe utile est simple : sur un devis de cuisine ou de salle de bains, cherchez la ligne « fourniture » et regardez son taux. Si tout le devis affiche 10 %, ce n'est pas une bonne nouvelle — c'est une ligne qui sera reprise en cas de contrôle, et la reprise se répercutera sur vous.
« Immeuble neuf » : le critère qui piège les rénovations lourdes
C'est le point sur lequel les guides généralistes se trompent le plus souvent, et celui qui coûte le plus cher quand on s'y trompe. On lit fréquemment qu'une remise à neuf « de plus de la moitié du second œuvre » ferait basculer au taux normal. Ce n'est pas la règle.
L'article 257 du Code général des impôts répute neuf un immeuble achevé depuis cinq ans au plus, y compris lorsqu'il résulte de travaux portant sur un bâtiment existant. Les travaux le rendent à l'état neuf dans quatre hypothèses alternatives — une seule suffit :
- Ils ont consisté en une surélévation du bâtiment.
- Ils ont rendu à l'état neuf la majorité des fondations.
- Ils ont rendu à l'état neuf la majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de l'ouvrage.
- Ils ont rendu à l'état neuf la majorité de la consistance des façades, hors ravalement.
- Ils ont rendu à l'état neuf l'ensemble des éléments de second œuvre énumérés par décret, chacun dans la proportion que ce décret fixe.
Le décret n° 2006-1002 du 10 août 2006 énumère six éléments de second œuvre et fixe la proportion à deux tiers pour chacun d'eux : les planchers qui ne déterminent pas la résistance ou la rigidité de l'ouvrage, les huisseries extérieures, les cloisons intérieures, les installations sanitaires et de plomberie, les installations électriques, et — pour les opérations réalisées en France métropolitaine — le système de chauffage.
| Ce qu'on lit souvent | Ce que dit le texte | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| « Plus de la moitié du second œuvre » | Les six éléments énumérés, chacun aux deux tiers au moins | Refaire entièrement l'électricité et la plomberie ne suffit pas : il faut les six |
| « Les deux tiers du gros œuvre » | La majorité des fondations, ou la majorité des porteurs, ou la majorité des façades hors ravalement | Trois critères distincts, alternatifs, appréciés séparément |
| « Une grosse rénovation passe à 20 % » | Une rénovation même lourde reste à taux réduit tant qu'aucun des critères n'est atteint | La plupart des rénovations complètes de maison ancienne restent à 10 % |
L'attestation de TVA réduite a disparu : ce qui l'a remplacée
Le taux réduit n'est pas automatique : il repose sur une certification du client, qui atteste que les conditions sont réunies. Ce document a longtemps pris la forme d'une attestation cerfa distincte, dite normale ou simplifiée, à remettre à l'entreprise avant la facturation. Ce n'est plus le cas.
Depuis le 1er mars 2025, la certification prend la forme d'une mention portée sur le devis ou sur la facture, que vous confirmez. L'attestation normale ou simplifiée n'est plus requise. Si une entreprise vous demande encore de remplir un formulaire séparé, ce n'est pas une irrégularité — mais ce n'est plus le mécanisme prévu, et c'est un indice sur l'actualisation de ses pratiques.
- Vérifiez que le devis mentionne l'adresse du logement, sa nature — locaux à usage d'habitation — et son achèvement depuis plus de deux ans.
- Vérifiez que le taux appliqué à chaque ligne figure au devis, et non un taux unique en pied de page.
- Confirmez la mention avant la facturation. Après, l'entreprise ne peut plus régulariser sans avoir facturé au taux normal.
- Conservez le devis et les factures jusqu'au 31 décembre de la cinquième année qui suit leur émission : c'est à vous de les produire si l'administration vous demande de justifier le taux.
Qui paie si le taux est faux : la responsabilité solidaire, et ses limites
C'est la question que personne ne pose avant de signer, et la seule qui compte après. La réponse tient en une phrase : la charge suit la faute, et le texte répartit les rôles.
| Ce qui s'est passé | Qui supporte le complément de TVA |
|---|---|
| Vous avez certifié une information inexacte — âge du logement, usage d'habitation | Vous, solidairement avec l'entreprise |
| L'équipement posé n'ouvrait pas droit au taux réduit | L'entreprise seule |
| L'entreprise ne peut pas produire le devis ou la facture portant votre mention | L'entreprise seule |
| Un lot a été rattaché à tort à un geste énergétique | Selon l'origine de l'erreur : elle se tranche sur les pièces |
Il y a une conséquence pratique importante. Une entreprise qui vous fait certifier que « les travaux ouvrent droit au taux réduit », sans distinguer ce qui relève de vous, vous fait porter une part de son propre risque. La formulation correcte porte sur le logement et sur son usage ; la qualification technique des travaux, elle, appartient au professionnel.
Comment lire un devis multi-taux sans se tromper
Une rénovation un peu ambitieuse porte presque toujours plusieurs taux. Un devis honnête le montre ; un devis au forfait le cache, et vous ne découvrez la répartition qu'à la facture. La doctrine impose d'ailleurs que chaque élément relevant d'un taux distinct soit identifié séparément.
- Repérez les lots relevant de la rénovation énergétique : ils doivent porter 5,5 %, à l'exception de ceux comprenant une chaudière à combustible fossile.
- Vérifiez que les travaux induits sont rattachés au bon lot, datés, et pas relégués dans un lot « divers » à 10 %.
- Isolez ce qui relève du taux normal : équipements mobiliers, gros équipements en fourniture, aménagements extérieurs, surface créée.
- Vérifiez que la mention de certification figure sur le devis, et qu'elle porte sur l'adresse, l'usage d'habitation et l'ancienneté du logement.
- Additionnez : le total TTC doit correspondre à la somme des lignes, taux par taux. Si ce n'est pas le cas, demandez la correction avant de signer.
- Comparez deux devis en hors taxes d'abord, puis en TTC : le moins-disant en TTC n'est pas toujours le moins cher en HT.
Cette lecture prend dix minutes et c'est le meilleur rendement horaire de tout le projet. Elle suppose que le devis soit détaillé — ce qui n'est pas une faveur mais une obligation : les mentions qu'un devis de travaux doit porter sont fixées par arrêté, et le détail des prestations en fait partie.
Locaux mixtes, dépendances, extérieurs : les cas particuliers
Le taux réduit vise les locaux à usage d'habitation. Cette condition paraît simple et produit pourtant l'essentiel des cas limites.
- Local mixte — habitation et activité professionnelle : le taux réduit ne s'applique qu'à la part affectée à l'habitation, au prorata des surfaces.
- Garage, cave, combles non aménagés : ils suivent le régime de l'habitation dès lors qu'ils en sont des dépendances immédiates et nécessaires. Un garage situé à l'autre bout du village n'en est pas une.
- Abri de jardin, piscine, terrasse détachée, clôture, allée : aménagements extérieurs, au taux normal.
- Local commercial ou professionnel : taux normal, sans exception.
- Logement de moins de deux ans : taux normal, quels que soient les travaux.
- Parties communes de copropriété : elles suivent le régime de l'immeuble d'habitation, à proportion de son affectation.
Sur un chantier qui touche à la fois à l'habitation et à une partie non éligible, le devis doit ventiler les montants. Un taux unique appliqué à l'ensemble est une facilité de rédaction qui se paie au contrôle.
Propriétaire, locataire, bailleur, copropriété : qui certifie quoi
La mention est portée par le preneur de la prestation, c'est-à-dire celui qui commande les travaux et reçoit la facture. Ce n'est pas nécessairement le propriétaire du logement.
| Qui commande les travaux | Qui porte la mention | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Propriétaire occupant | Lui-même | Il dispose des pièces d'ancienneté : acte, taxe foncière |
| Locataire | Le locataire | Il doit obtenir du bailleur la date d'achèvement du logement |
| Bailleur pour un logement loué | Le bailleur | Le taux ne dépend pas de l'occupation effective du logement |
| Syndic pour des parties communes | Le syndic, pour le syndicat des copropriétaires | L'affectation de l'immeuble à l'habitation se justifie au niveau de l'immeuble |
| Occupant à titre gratuit | L'occupant, s'il est le preneur | Même exigence de justification que pour un locataire |
TVA réduite et aides publiques : deux dispositifs qu'on confond
C'est la confusion la plus répandue, et elle est entretenue par le fait que les deux dispositifs visent souvent les mêmes travaux. Ils obéissent pourtant à des conditions différentes, et le bénéfice de l'un ne dit rien du bénéfice de l'autre.
| Taux réduit de TVA | Aides à la rénovation énergétique | |
|---|---|---|
| Condition d'ancienneté du logement | Plus de deux ans | Fixée par le dispositif, souvent plus longue |
| Qualification de l'entreprise | Aucune exigence de qualification | Qualification exigée par la plupart des dispositifs |
| Formalité | Mention sur le devis ou la facture | Dossier déposé, souvent avant le début des travaux |
| Moment de l'avantage | Immédiat, sur la facture | Après instruction, parfois plusieurs mois |
| Ce qui le fait perdre | Une condition non remplie sur le logement ou les travaux | Un devis signé ou des travaux commencés hors procédure |
Deux conséquences pratiques. D'abord, une entreprise sans qualification particulière peut parfaitement facturer à 5,5 % un geste éligible : refuser ce taux au motif qu'elle n'est pas qualifiée serait une erreur. Ensuite, la qualification reste indispensable pour les aides — et elle se vérifie, comme l'explique notre guide sur la qualification RGE.
Nous ne publions aucun barème d'aide dans ce guide, et c'est délibéré : les montants et les conditions changent chaque année, et un barème recopié vieillit en quelques mois. Le mécanisme, l'ordre des démarches et les dispositifs en vigueur sont décrits dans notre guide sur les aides à la rénovation énergétique, qui renvoie au service public de référence.
Ce que le parc des Hauts-de-France change au calcul
La condition d'ancienneté est, dans cette région, rarement un obstacle : le parc est ancien, dominé par la brique, les maisons de rangée du début du XXe siècle et les anciens logements miniers. La question pratique n'est presque jamais « le logement a-t-il plus de deux ans ? » mais « ce chantier fait-il basculer l'opération ? ».
- Le ravalement d'une façade en brique reste à 10 % : c'est un travail d'entretien du bâti, et le texte exclut expressément le ravalement du critère de « majorité de la consistance des façades » qui ferait basculer l'opération.
- Une isolation par l'extérieur relève de 5,5 %, et elle entraîne avec elle la reprise d'enduit, les appuis de fenêtre et les débords de toiture — sur une maison de rangée, cette finition représente une part considérable du devis.
- Une surélévation fait basculer l'opération entière, et c'est fréquent sur les parcelles étroites où l'on ne peut pas s'étendre au sol.
- L'aménagement de combles existants reste à 10 % tant qu'il ne crée pas plus de 10 % de surface de plancher supplémentaire : c'est le seuil à faire calculer avant de signer.
- Le traitement de l'humidité ascensionnelle, très courant sur les pieds de murs anciens, est un travail d'amélioration du bâti : 10 %, et non 5,5 %, sauf s'il constitue un induit d'un geste énergétique.
Un dernier point régional, moins fiscal que pratique : le bâti mitoyen impose souvent des travaux sur des parties communes ou sur le mur du voisin. Chaque preneur certifie pour ce qui le concerne, et une facture unique adressée à deux propriétaires est une source de litige. Faites établir deux devis plutôt qu'un, même pour un chantier commun. Si vous ne savez pas encore comment découper les lots, décrivez votre projet une fois et transmettez la même description à chaque entreprise.
Ce qui se passe en cas de contrôle
Le contrôle porte le plus souvent sur l'entreprise, pas sur vous. Mais ses conséquences peuvent vous atteindre, et il vaut mieux savoir comment.
- L'administration vérifie que les conditions du taux réduit étaient réunies : ancienneté du logement, usage d'habitation, nature des travaux.
- Si elles ne l'étaient pas, l'entreprise est redevable du complément de TVA.
- Elle peut se retourner contre vous si la mention que vous avez certifiée était inexacte — typiquement sur l'ancienneté du logement.
- Vous devez être en mesure de produire le devis et les factures portant votre certification. Conservez-les jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant leur émission.
Les erreurs qui coûtent le taux réduit
- Acheter les matériaux soi-même en croyant économiser : ils passent à 20 %, et seule la pose garde le taux réduit.
- Accepter un devis au forfait, sans ventilation par taux. Il n'est ni comparable, ni vérifiable, ni conforme à l'obligation de détail.
- Certifier une ancienneté qu'on n'a pas vérifiée. C'est la seule erreur dont vous répondez seul.
- Laisser passer un lot de confort rattaché à un lot énergétique : le gain immédiat est modeste, le risque de reprise est entier.
- Oublier le délai de trois mois entre un geste énergétique et ses travaux induits, sur un chantier étalé dans le temps.
- Confondre taux réduit et aide publique, et renoncer à l'un parce qu'on n'a pas droit à l'autre.
- Signer avant que la mention ne figure au devis, en se disant qu'elle sera ajoutée à la facture : après facturation, l'entreprise ne peut plus régulariser sans repasser au taux normal.
- Jeter les pièces au bout de deux ans, alors que le délai de conservation court jusqu'au 31 décembre de la cinquième année.
Aucune de ces erreurs n'est spectaculaire, et c'est précisément pourquoi elles passent. Elles se corrigent toutes avant la signature, et aucune ne se corrige après la facture.
Un projet de travaux ?
Décrivez-le une fois : il part à 3 entreprises au maximum, choisies sur leur proximité et leur spécialité.
Questions fréquentes
Quel taux de TVA s'applique aux travaux dans un logement de plus de deux ans ?
Le taux de 10 % s'applique aux travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien d'un logement achevé depuis plus de deux ans, dès lors que l'entreprise fournit les matériaux et que les travaux ne produisent pas un immeuble neuf. Le taux descend à 5,5 % pour les travaux d'amélioration de la performance énergétique et les travaux induits qui leur sont indissociablement liés. Tout le reste relève du taux normal de 20 %.
L'attestation de TVA à taux réduit est-elle encore obligatoire ?
Non. Depuis le 1er mars 2025, l'attestation normale ou simplifiée n'est plus requise : le client certifie directement, par une mention portée sur le devis ou sur la facture, que les conditions du taux réduit sont remplies. Le devis ou la facture portant cette mention doit être conservé jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant son émission, car c'est cette pièce qu'il faudra produire si l'administration demande de justifier le taux appliqué.
Puis-je bénéficier du taux réduit si je suis locataire ?
Oui. Le taux réduit dépend du logement et de la nature des travaux, pas du statut de celui qui paie. Un locataire qui fait réaliser des travaux d'entretien ou d'amélioration dans un logement de plus de deux ans bénéficie du même taux qu'un propriétaire. C'est lui, en tant que preneur de la prestation, qui porte la mention de certification sur le devis ou la facture — il doit donc obtenir du bailleur la date d'achèvement du logement, et la conserver par écrit.
Le taux réduit s'applique-t-il à une résidence secondaire ?
Oui. La condition porte sur l'usage d'habitation et sur l'ancienneté du logement, pas sur le caractère principal ou secondaire de la résidence. Un local exclusivement professionnel ou commercial en est exclu, et un local mixte ne bénéficie du taux réduit que pour la part affectée à l'habitation, au prorata des surfaces.
Une chaudière à gaz bénéficie-t-elle encore de la TVA à 5,5 % ?
Non. Depuis le 1er mars 2025, les prestations de rénovation énergétique comprenant la fourniture ou l'installation d'une chaudière susceptible d'utiliser des combustibles fossiles relèvent du taux normal de 20 %. Cela vise les chaudières gaz et fioul ainsi que les systèmes hybrides qui en comportent une. Les devis datés, acceptés et suivis d'un acompte encaissé avant cette date restent régis par le régime antérieur, et l'entretien ou la réparation d'une chaudière déjà installée continue de relever d'un taux réduit.
Faut-il être passé par une entreprise RGE pour avoir 5,5 % ?
Non. La qualification RGE conditionne les aides publiques — MaPrimeRénov', certificats d'économies d'énergie, éco-prêt à taux zéro — mais elle ne conditionne pas le taux de TVA. Ce sont deux dispositifs distincts, souvent confondus parce qu'ils visent les mêmes travaux. Une entreprise non qualifiée peut donc facturer à 5,5 % un geste éligible ; ce sont les caractéristiques techniques du matériel posé qui commandent, et c'est l'entreprise qui en répond.
Et si j'achète moi-même le matériel ?
Le matériel que vous achetez supporte le taux normal de 20 %, et seule la prestation de pose facturée par l'entreprise bénéficie du taux réduit. Sur un poste où les fournitures représentent la moitié du prix, l'économie espérée en achetant soi-même est généralement effacée par l'écart de TVA — et vous portez seul le risque d'erreur de quantité, de teinte ou de compatibilité, que l'entreprise ne garantira pas.
Une extension ou une surélévation bénéficie-t-elle du taux réduit ?
Non, dès lors que l'opération augmente la surface de plancher des locaux existants de plus de 10 % sur une période de deux ans au plus. Une surélévation fait basculer l'opération en tout état de cause, puisqu'elle figure parmi les travaux qui rendent un immeuble à l'état neuf. La partie construite relève alors du taux normal, tandis que la reprise de l'existant peut rester à 10 % : un devis qui applique un taux unique à l'ensemble est soit approximatif, soit faux.
Une rénovation complète fait-elle passer tout le chantier à 20 % ?
Pas nécessairement, et c'est le contresens le plus fréquent. Une rénovation, même lourde, reste à taux réduit tant qu'aucun des critères de l'immeuble neuf n'est atteint : surélévation, majorité des fondations, majorité des éléments porteurs, majorité de la consistance des façades hors ravalement, ou les six éléments de second œuvre énumérés par décret repris chacun aux deux tiers au moins. Refaire l'électricité, la plomberie et les cloisons d'une maison ancienne ne suffit donc pas : il faudrait aussi les planchers, les huisseries extérieures et le chauffage, chacun aux deux tiers.
Que se passe-t-il si l'entreprise applique un taux trop bas ?
L'entreprise est redevable du complément de TVA. Elle peut se retourner contre vous, solidairement, si la mention que vous avez certifiée était inexacte — typiquement sur l'ancienneté du logement ou sur son usage d'habitation. En revanche, lorsque l'erreur porte sur l'éligibilité technique de l'équipement posé, ou lorsque l'entreprise ne peut produire le document portant votre certification, elle en répond seule. C'est pourquoi la mention ne doit porter que sur ce que vous êtes en mesure de savoir.
Sources
Guide révisé le 26 août 2026 à partir des sources suivantes.
- Légifrance — Code général des impôts, article 279-0 bis
Taux de 10 % pour les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien d'un logement achevé depuis plus de deux ans ; exclusion des équipements ménagers ou mobiliers et de la part d'acquisition des gros équipements ; bascule au taux normal en cas d'augmentation de la surface de plancher de plus de 10 % ; certification par le preneur sur le devis ou la facture et responsabilité solidaire.
Consultée le 26 août 2026
- Légifrance — Code général des impôts, article 278-0 bis A
Taux de 5,5 % pour la pose, l'installation, l'adaptation ou l'entretien de matériaux et d'équipements d'amélioration de la performance énergétique dans un logement achevé depuis au moins deux ans, et exclusion des prestations comprenant une chaudière susceptible d'utiliser des combustibles fossiles.
Consultée le 26 août 2026
- Légifrance — Code général des impôts, article 257
Définition de l'immeuble neuf : immeuble achevé depuis cinq ans au plus, et travaux le rendant à l'état neuf — surélévation, majorité des fondations, majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de l'ouvrage, majorité de la consistance des façades hors ravalement, ou ensemble des éléments de second œuvre énumérés par décret.
Consultée le 26 août 2026
- Légifrance — Décret n° 2006-1002 du 10 août 2006 définissant les éléments de second œuvre
Liste des six éléments de second œuvre — planchers non porteurs, huisseries extérieures, cloisons intérieures, installations sanitaires et de plomberie, installations électriques, système de chauffage en France métropolitaine — et proportion de deux tiers fixée pour chacun d'eux.
Consultée le 26 août 2026
- BOFiP — BOI-TVA-LIQ-30-20-90-40, modalités d'application du taux réduit aux travaux sur locaux d'habitation achevés depuis plus de deux ans
Contenu de la certification portée par le preneur sur le devis ou la facture, conservation des pièces jusqu'au 31 décembre de la cinquième année, répartition de la charge du complément de TVA entre le preneur et le prestataire, et identification séparée des éléments relevant de taux différents sur une même facture.
Consultée le 26 août 2026
- BOFiP — BOI-TVA-LIQ-30-20-95, travaux d'amélioration de la qualité énergétique
Catégories de prestations relevant du taux de 5,5 %, définition des travaux induits indissociablement liés et délai de trois mois entre leur facturation et celle du geste énergétique, exclusion des chaudières à combustibles fossiles.
Consultée le 26 août 2026
- BOFiP — Commentaires de la loi de finances pour 2025 (articles 32, 41 et 42) sur les travaux de rénovation et l'énergie solaire
Chaudières à combustibles fossiles au taux normal pour les travaux engagés à compter du 1er mars 2025, taux de 5,5 % pour les équipements solaires d'une puissance inférieure ou égale à neuf kilowatts-crête à compter du 1er octobre 2025, remplacement de l'attestation par une mention sur le devis ou la facture au 1er mars 2025, et retrait de l'exclusion des prestations de sous-traitance.
Consultée le 26 août 2026
- impots.gouv.fr — Quel taux de TVA appliquer pour les travaux réalisés dans les logements ?
Synthèse administrative des trois taux, condition d'usage d'habitation et d'ancienneté de plus de deux ans, exclusion des équipements achetés directement par le client, et certification par mention sur le devis ou la facture depuis le 1er mars 2025.
Consultée le 26 août 2026
- Service-Public — Taux de TVA pour les travaux de rénovation en logement
Présentation destinée aux particuliers : conditions des taux réduits, travaux exclus, forme et conservation de la certification portée sur le devis ou la facture.
Consultée le 26 août 2026
Un projet de travaux ?
Décrivez-le une fois : il part à 3 entreprises au maximum, choisies sur leur proximité et leur spécialité.
À lire ensuite
- Devis de travaux : les mentions obligatoires, ce qui vous engage, et comment comparer deux propositionsLes mentions obligatoires d'un devis de travaux, quand il s'impose, ce qu'il engage une fois signé, et comment comparer deux devis à périmètre égal.
- RGE : à quoi sert vraiment cette qualification, et quand elle ne sert à rienLa qualification RGE conditionne l'accès aux aides, pas la qualité du travail. Ce qu'elle couvre, comment la vérifier, et quand elle ne sert à rien.
- Aides à la rénovation énergétique : comment le système fonctionne, et dans quel ordre s'y prendreMaPrimeRénov', CEE, éco-PTZ, TVA réduite : comment ces aides à la rénovation énergétique s'articulent, et dans quel ordre engager les démarches.